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LA MOBILITE, GAGE DE SANTE
http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/Dos/1588734,CmC=1588578.html
Pendant 2 ou 3 millions d’années, l’homme a dû lutter pour chaque calorie. Aujourd’hui, nous
rechignons à faire ce pour quoi nous sommes biologiquement programmés. Le manque d’exercice,
symptomatique de notre époque, est une réelle menace pour la santé.
Au commencement était le mouvement.
Le squelette d’un nourrisson est en grande partie composé de cartilages mous qui s’ossifient
ensuite au fil du temps. Dans le développement du système de locomotion, l’activité corporelle joue un
rôle prépondérant. A quatre pattes, un bébé peut parcourir 187 mètres par jour. Dès qu’ils savent
marcher, les bambins font jusqu’à 9000 pas dans la journée. La position debout étire la colonne
vertébrale, et c’est vers l’âge de 5 ans que se forme la courbure caractéristique de l’épine dorsale en
forme de S. En parallèle se développent les muscles, qui maintiennent le squelette et procurent
l’assurance dans la motricité. Les enfants "mettent en mémoire" tous les mouvements à accomplir en
constituant une sorte de répertoire qu’ils peuvent activer à tout moment. C’est aussi la raison pour
laquelle il est déconseillé de réfreiner l’envie naturelle de courir et de bouger chez les jeunes
enfants.
Apprendre à rester assis.
C’est pourtant la règle dans nos sociétés : dès la maternelle et le jardin d’enfant, on
apprend à l’enfant à rester sur sa chaise en silence. A l’école primaire au plus tard, les enfants
passent une grande partie de la journée assis. Même dans leur temps libre, ils manquent d’espaces
pour se livrer à des jeux spontanés, sans compter la télévision et l’ordinateur qui favorisent le
sédentarisme et l’inaction. Klaus Bös, de l’Université de Karlsruhe, pense que "nous désapprenons à
nos enfants à bouger". Avec son équipe, il a démontré les conséquences de cette évolution dans de
nombreuses études : autrefois, les élèves de primaire devaient par exemple savoir rester sur une
jambe pendant une minute. Aujourd’hui, entre 6 et 10 ans, seuls 4 enfants sur 10 en sont capables.
Reculer sur une ligne en gardant l’équilibre ou toucher le sol avec les mains en gardant les
jambes tendues, de nos jours, ce n’est plus une évidence. Constat consternant, car la musculature, si
elle sert à se mouvoir, brûle aussi le plus de graisses et de sucres. D’où la recommandation, pour
les enfants et les ados en surpoids, plus encore que pour les autres, de faire régulièrement de
l’exercice en plus des changements nécessaires au niveau de leur alimentation.
Celà dit, toute pédagogie n’est pas forcément "sédentariste" : en Allemagne, dans les
"Waldkindergärten" (jardins d’enfants en forêt), on incite les enfants à se défouler en pleine nature.
D’autres initiatives, comme le "pédobus", le "bus de ramassage à pied", méthode adoptée par la
préfecture de Rome, procurent aux enfants un minimum d’exercice physique régulier. Dans les écoles,
les mentalités commencent à changer : des décennies durant, ceux qui avaient la bougeotte étaient
mis au pilori. Or, des mouvements tout simples pendant les heures de cours aident au contraire à faire
le plein d’énergie. Dans la "bewegte Schüle" (l’école en mouvement) à Bonn en Allemagne, on a même
inscrit au programme " Mouvement libre" et "Lutte et défoulement". Et toute cette activité du corps
ne profite pas qu’à la musculature : s’activer en groupe accroît la compétence sociale et la
capacité de concentration, sans compter que les sports d’équipes et leurs règles permettent de
canaliser l’agressivité.
La méthode des 10.000 pas
Cela étant, l’école ne peut que donner des impulsions. C’est l’exemple donné par les
parents qui a le plus de poids. Des études le montrent : si les parents n’ont pas conscience de la
nécessité de s’activer, qu’ils manquent de motivation et de moyens financiers pour encourager les
enfants à faire du sport, dans la plupart des cas, ces derniers auront tendance à être réfractaires à
l’activité physique.
Les statistiques dressent un tableau sombre : dans nos sociétés, seuls 10 % des gens font
suffisamment d’exercice. Beaucoup n’ont tout simplement pas le temps, en plus de la vie
professionnelle et familiale, de consacrer un peu de leur journée à une activité sportive. Pourtant, il
n’est pas question de courir un marathon ! Des experts ont établi que faire 10.000 pas par jour est
le moyen le plus efficace pour rester longtemps en forme et en bonne santé. Pour augmenter
sensiblement l’activité physique, il suffit d’aller faire ses courses à pied, de prendre les escaliers plutôt
que l’ascenseur, de faire des promenades avec le landau. En famille, les excursions le week-end ou
autres balades à vélo ou à pied permettent facilement d’atteindre l’objectif de mobilité. Si en plus, on
s’équipe d’un podomètre, on peut contrôler la distance parcourue et se motiver.
Le meilleur des médicaments ?
Ces 10 dernières années, les mentalités ont profondément changé, en médecine comme dans
d’autres domaines. On le sait depuis longtemps, la bonne forme physique permet de prévenir la
maladie. Ce qu’on a appris récemment en revanche, c’est qu’un entraînement ciblé permet aussi
d’accélérer la guérison. Le professeur Hambrecht, médecin chef de la clinique de cardiologie de
Brême, affirme que l’exercice physique "libère un nombre plus important de cellules souches, ce qui
accélère les processus à l’œuvre dans la réparation des vaisseaux lésés". Aujourd’hui, il va même
jusqu’à prescrire à ses patients atteints d’insuffisance cardiaque de faire de l’exercice (selon un dosage
précis) le plus tôt possible – une révolution en médecine : il n’y a pas si longtemps, on recommandait à
ces malades de solliciter leur cœur le moins possible.
En forme vers la centaine
Les personnes âgées tirent, elles aussi, le plus grand bienfait de l’activité physique. La croyance
selon laquelle le mal de dos arrive un jour ou l’autre en vieillissant s’est révélée fausse. Avec l’âge, les
tissus absorbent moins de liquide, l’anneau fibreux des disques intervertébraux s’affaisse et
résiste moins bien à la pression. Il est donc d’autant plus recommandé aux personnes âgées de
maintenir leur tonus musculaire et leur mobilité pour rester autonomes dans leur vie
quotidienne, éviter les chutes et les fractures, sans oublier le bien-être physique que cela
procure.
En revanche, le travail corporel intense et la surcharge pondérale accélèrent les processus
d’usure, et à ce sujet, les facteurs génétiques et psychiques jouent un rôle encore mal connu. Certes,
le vieillissement est un phénomène dont les effets varient beaucoup d’une personne à l’autre, mais une
chose est prouvée : l’activité physique sous toutes ses formes contribue à vivre intensément vraiment
longtemps – jusqu’à un âge avancé.
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